7 juillet : Je termine l’année scolaire sur les rotules. Mais j’y suis arrivée ! Les vacances sont les bienvenues, elles seront salutaires. Enfin, ça, c’est ce que je pensais !
La canicule s’installe. Je déteste la chaleur. Impossible de faire quoi que ce soit. Impossible de s’aérer. Impossible de se ressourcer.
Les températures sont écrasantes. Impossible de récupérer. Je me sens mal. Je déteste la chaleur.
Troisième semaine de juillet. Mon fils, mon Taz à moi, revient bientôt de chez son père. Comment vais-je faire pour gérer son débordement d’énergie ? Toujours cette canicule. Toujours cette fatigue. Je déteste la chaleur.
Je stresse. J’ai mal au ventre. Je n’arrive plus à manger. Je me vide. Cela ressemble à un coup de chaud. En intérieur. Je déteste la chaleur.
Je prends rendez-vous chez le médecin. Ce sera une remplaçante. J’ai une vieille prescription pour une prise de sang qui traîne. Je la fais.
25 juillet : Il paraît que c’est psychologique. Que je dois me reposer. Deux semaines que je suis en vacances. Des mois, que dis-je, des années, que je suis épuisée. La psychologie a bon dos. Je veux qu’on me fasse des examens. Mon fils n’a que 8 ans.
Ils me seront prescrits « pour me rassurer ».
Les résultats de la prise de sang arrivent. Les taux pour la thyroïde ne sont pas bons. Ils ont triplé. Sans raison. Nouveau dosage.
29 juillet : Échographie thyroïdienne : nodule, ganglions vascularisés, EU-TIRADS 5. J’apprendrai plus tard que 5 signifie « risque très élevé ».

Je ressors avec un rendez-vous pour une ponction.
J’appelle le médecin :
« D’après Grey’s Anatomy et Dr House, quand c’est vascularisé, ça ne sent pas bon.
– Il y a 30 % de chance pour que ce soit bénin.
– Je ne suis que prof de français, mais 30 %, ça me semble peu. Et si ce n’est pas bénin ?
– Et bien, c’est malin. »
Je raccroche. Merci Sherlock.
Je suis en larmes. 40 ans, c’est tôt pour un cancer, mais 8 ans, c’est bien trop tôt pour perdre sa mère.
Mon rayon de soleil, mon enfant qui semble être tombé dans la marmite de prozac tellement il est plein de joie de vivre. Mon fils. J’ai peur. Pour lui. Pour son équilibre. Pour son bonheur. Pour ses yeux qui pétillent. Pour son rire. Il n’est pas prêt. Il doit gagner en maturité mais pas comme ça. Pas maintenant.
17 août : Ponction. « Vous êtes la génération Tchernobyl ».
L’attente commence.
18 août : Médecin. C’est une autre remplaçante. Face à mon désarroi, elle appelle une endocrinologue et lui lit le compte rendu.
J’ai un rendez-vous en urgence. La doctoresse est blême. Elle, jamais, elle n’aurait pensé à me prescrire une échographie. Elle serait passée à côté. Je la sens perturbée.
23 août : Rendez-vous chez l’endocrinologue.
« Rassurez-vous, si c’est un cancer, l’évolution est lente. L’intervention peut être programmée dans 2 ou 3 mois ».
Nouvelle échographie. Deux nodules, plus d’une dizaine de ganglions. Visiblement l’évolution lente a commencé, il y a longtemps.
« Je vous ajoute au planning de la réunion du 31 août pour une opération courant septembre. J’ai besoin des résultats de la ponction pour programmer l’intervention. Mais je n’en ai pas besoin pour vous dire que vous avez un cancer de la thyroïde ».
Le mot tant redouté vient d’être prononcé. Je n’écoute plus.
Je me concentre : « vous allez passer quelques mois difficiles mais c’est le cancer qui se soigne le mieux. Tout ira bien. »
Enfin une phrase rassurante. La première en un mois. Un mois à avoir peur pour lui.
Je rentre. De nouvelles larmes.
25 août : Nouvelle prise de sang. Malgré le nouveau dosage, les taux sont de plus en plus mauvais.
29 août : Les résultats de la ponction sont arrivés. L’endocrinologue m’appelle : « C’est bien ce que je pensais.
– Ne le prenez pas mal mais j’espérais que vous vous étiez trompée.
– C’est normal. »
30 et 31 août : Journées de pré-rentrée.
1er septembre : Appel du secrétariat de la chirurgienne. J’ai un rendez-vous dans la journée car je fais « partie des cas qu’on ne fait pas attendre ».
Ce fut rapide mais intense. 15 minutes. 23 septembre. Un schéma. Les risques de complication. Dépassement d’honoraires. Un dossier. Prise de rendez-vous avec l’anesthésiste. En visio.
2 septembre : Je préviens ma Direction. Je rencontre mes élèves.
13 septembre : J’ai préparé mon absence, je me mets en arrêt, je suis exténuée.
15 septembre : Visio avec l’anesthésiste
22 septembre : Test PCR. Négatif.
23 septembre, 12h30 : Hospitalisation
23 septembre, 13h30 : Intervention.
Bref, j’ai un cancer de la thyroïde et j’ai peur. Pour Henri.
