Je suis la fondatrice du Système C. et l’autrice de ses ressources.

Et s’il fallait résumer en une phrase une grande partie de ce qui m’a conduite jusqu’ici, ce serait celle-ci :

À force de survivre, on finit parfois par prendre ce que l’on endure pour la vie elle-même, et par oublier que ce qui est devenu normal pour nous n’est pas forcément la norme, ni une fatalité.

On s’habitue. On compose.

On se dit qu’il faut se satisfaire de ce que l’on a. Qu’il y a pire ailleurs. Qu’après tout, on tient encore debout.

Et peu à peu, le champ des possibles se rétrécit.

On ne voit plus seulement ce qui nous empêche d’agir.

On finit parfois par ne plus voir qu’il existe encore des choix.

Pas tous les choix.

Pas forcément celui que l’on voudrait.

Pas nécessairement tout de suite.

Mais souvent une marge de manœuvre, même étroite : une information à chercher, une personne à contacter, une limite à poser, une décision à préparer, une option à explorer, un premier pas à faire.

Le Système C. est né de cette conviction : une situation difficile n’est pas toujours une fatalité. Et lorsqu’une marge d’action existe, aussi petite soit-elle, elle mérite d’être trouvée.


Celui où l’on serre les dents. Où l’on tient bon. Où l’on avance parce qu’on n’a pas vraiment le choix.

Pendant des années, ma vie personnelle a été, disons-le poliment, chaotique.

Une vie amoureuse longtemps catastrophique et traumatique. Un divorce avec un bébé de six mois sous le bras. Des blessures. Des remises en question.

Et, à quarante ans, un cancer dont l’expérience m’a très moyennement enchantée.

Ces épreuves m’ont usée.

À plusieurs moments de ma vie, j’ai envisagé de renoncer.

Mais elles m’ont également appris quelque chose d’essentiel :

quand toute votre énergie sert à survivre, il reste très peu de place pour construire la vie que vous voudriez vivre.

Alors vous faites ce qu’il faut.

Vous gérez. Vous encaissez. Vous assurez. Vous tenez.

Et sans vous en rendre compte, vous devenez même extrêmement compétente pour survivre tout en vous éloignant progressivement de vous-même.

Le danger est passé et pourtant certaines décisions continuent d’être prises comme s’il était encore là.

On doute de ce que l’on ressent. On ne se fait plus complètement confiance.

On attend parfois que quelqu’un d’autre confirme que l’on a raison de penser, de vouloir ou de choisir ce que l’on veut.

Et petit à petit, on peut finir par devenir spectatrice de sa propre vie.


J’ai d’abord enseigné le mouvement à travers le sport. Puis le français, le latin et le français langue étrangère.

Et dans des domaines pourtant très différents, j’ai toujours aimé le même moment : celui où quelqu’un qui était persuadé de ne pas être capable relève la tête et dit : « Ah… mais en fait, j’ai réussi. »

Je ne cherchais pas à transformer en cinq minutes un élève en prix Nobel de littérature. Je cherchais le point à partir duquel il pouvait constater : « Ce n’est peut-être pas aussi inaccessible que je le pensais. »

Un exercice réussi. Une règle enfin comprise. Une moyenne qui devient atteignable.

Un premier résultat qui ouvre une possibilité là où, quelques minutes auparavant, la personne ne voyait qu’une impasse.

Avec le recul, je crois que cette manière de transmettre dit déjà beaucoup du Système C. : ne pas nier la difficulté, mais chercher l’endroit à partir duquel quelque chose peut commencer à bouger.


Pendant longtemps, j’ai énormément analysé.

J’ai cherché à comprendre ce qui m’arrivait, pourquoi certaines situations se répétaient, pourquoi certaines décisions étaient si difficiles à prendre.

Cette compréhension m’a été précieuse.

Mais j’en ai également découvert les limites.

On peut comprendre énormément de choses et rester bloquée exactement au même endroit.

Il m’a fallu apprendre à aller plus loin.

À regarder autrement. À distinguer ce qui était réellement le problème de ce qui n’en était que la conséquence.

À accepter parfois qu’une solution existe, mais que ce qu’elle implique fasse peur.

À regarder ce sur quoi j’avais réellement une prise.

À choisir. Puis à agir.

C’est progressivement devenu une manière de penser :

Repérer les blocages.
Poser le vrai problème.
Faire émerger des solutions.
Choisir.
Reprendre la main.


Pas d’une révélation. Pas d’une méthode découverte un matin. Et certainement pas d’une vie parfaitement maîtrisée.

Le Système C. est né de ce que j’ai appris, de ce que j’ai dû remettre en question et des outils que j’aurais aimé trouver lorsque tout me semblait beaucoup plus confus.

Des textes. Des guides. Des exercices. Des grilles de lecture.

Des outils conçus pour prendre du recul, poser autrement une situation et remettre de la réflexion là où l’urgence, la peur ou les automatismes avaient parfois pris toute la place.

Ils ne vous diront pas quoi penser. Ils ne décideront pas à votre place. Et ils ne prétendront jamais qu’il existe une solution à tout.

Leur rôle est de vous aider à regarder autrement afin de pouvoir choisir plus consciemment ce que vous faites de la suite.


Je ne crois pas aux vies parfaites. Je ne crois pas non plus que « tout arrive pour une raison ». Et je ne crois certainement pas que nous contrôlons tout ce qui nous arrive.

Je crois en revanche qu’entre « je contrôle tout » et « je ne peux rien faire », il existe souvent un espace.

Parfois large. Parfois minuscule. Mais réel.

Un endroit où l’on peut encore chercher une information, poser une question, préparer une décision, demander de l’aide, changer une habitude, explorer une option, poser une limite ou simplement commencer à regarder la situation autrement.

Je crois que nos blessures expliquent certaines de nos réactions mais qu’elles peuvent ne pas déterminer tous nos choix futurs.

Je crois que l’on peut avoir peur et avancer quand même.

Je crois que l’on peut se tromper, revenir en arrière, changer d’avis et continuer.

Et je crois surtout à ceci : Votre passé explique beaucoup de choses. Il n’a pas à décider seul de la suite.

C’est là que commence, pour moi, la possibilité de reprendre la main.


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